Je lis dans Novövision la définition que Tim O’Reilly donne du Web 2.0: « Le Web 2.0, c’est l’idée d’un nouveau modèle d’affaires pour exploiter économiquement l’intelligence collective des internautes qui s’exprime dans les réseaux. »
Je suis d’accord d’associer l’idée d’ « exploitation économique » au concept de Web 2.0. Mais, en revanche, je voudrais revenir sur ce poncif de « l’intelligence collective » censée émerger spontanément des réseaux. Je ne suis pas aveugle: je vois bien que des formes de sociabilité sont rendues possibles, que des « réseaux sociaux » se constituent. Mais cela ne prouve pas que se crée forcément de l’ »intelligence ». D’abord, qu’est-ce que l’intelligence? Il y en a de plusieurs sortes, comme chacun sait. Il y a des intelligences âpres et d’autres aiguës. D’autres encore fines ou fortes. D’autres précises, d’autres profondes. Tout cela n’a rien à voir avec les réseaux. Le bébé au berceau, et Einstein ne manquent ni l’un ni l’autre d’intelligence. Ils n’ont guère besoin du Web 2.0 pour l’appliquer à leurs projets respectifs.
Je voudrais faire la même remarque à propos du concept de « connaissance » employé sans recul ni esprit critique dans des expressions en forme de cliché comme « les sociétés de connaissance ». Que nous vivions une évolution technologique majeure, je n’en doute pas. Mais que l’on puisse qualifier ipso facto notre société de s’être métamorphosée magiquement en « société de connaissance » me paraît être dangereusement exagéré, en tout cas trompeur sur la réalité de ce qui se passe sous nos yeux. Sans vouloir jouer les trouble-fêtes, je pense que nous risquons de croire naïvement à des slogans vides, ou fort approximatifs.
La « connaissance » n’a rien de technique. Il s’agit d’un phénomène mental, hautement organisé, nécessairement créateur, dans lequel la technique peut servir d’outil, mais certes pas de pourvoyeur.
Quant à l’ »intelligence », c’est encore plus compliqué que la « connaissance ». Amasser des connaissances ne rend pas plus « intelligent ». L’intelligence n’existe pas seule, elle doit avoir un lien avec une vision, un projet. L’intelligence doit avoir une dimension extra-sociétale, touchant aux temps longs, aux espaces larges, et aux visions hybrides, et en fin de compte elle doit affronter du mieux possible la nature même de l’altérité, sous toutes ses formes. De tout cela, les TIC sont loin.
C’est pourquoi les expressions d’ « intelligence collective » ou de « société de connaissance » me paraissent insuffisantes et impropres. Elles se contentent de faux-semblants et d’apparences. Elles limitent la portée du concept de connaissance au sociétal (et encore, il faudrait voir cela de près!), et j’irai juqu’à dire que l’idée d’intelligence collective émascule même l’intelligence, tant elle la réduit à un mécanisme déterministe, auto-organisateur, bien dans la veine de l’idéologie « moderne ».
Car si l’intelligence a forcément une dimension collective, l’inverse n’est certes pas vrai.
Pour conclure, le Web 2.0 ne me paraît pas très « intelligent » en soi, même si grâce aux réseaux sociaux je me trouve parfois en mesure de rencontrer par leur médiation des esprits fort intelligents, et d’autres très sages. Mais je me rappelle aussi qu’avant le Web 2.0, j’avais déjà eu la chance d’en croiser dans la vraie vie (assez rarement il est vrai). La « société de connaissance » me paraît donc largement survendue. Il y a encore beaucoup à faire!
Ceci ne veut pas dire que les TIC ne vont pas nous servir, et de multiples manières. Les lecteurs de ce blog connaissent mon attachement à suivre leurs méandres, et à supputer leurs possibles. Mais, désolé de le rabâcher, les TIC en soit ne suffisent pas. Il faut en plus du souffle, de la chair, de l’âme, de l’esprit, comme toujours. Et tout cela viendra, je n’en doute pas, d’ailleurs.
Le titre du
Google vient de prendre langue avec la NSA, cette « agence nationale de sécurité » mondialement connue pour être capable d’espionner, partout et tout le temps, tous les types de communication électronique, à l’exception, pour le moment, de la télépathie. Il s’agit évidemment de consulter (et plus si affinité) les « geeks » les plus performants du monde, dit-on, pour qu’ils aident Google à trouver des parades aux « attaques ultra-sophistiquées », qui ont récemment affecté ce géant du Web, ainsi que quelques autres compagnies-clé, curieusement beaucoup plus discrètes à cet égard, comme Cisco ou Adobe.
Steve Jobs, sans doute furieux que son iPad n’arrive pas à la cheville de mon ComJet rêvé, — et peut-être lassé des lazzis qui prolifèrent sur la Toile, s’est livré à une violente diatribe contre certains de ses concurrents selon 
Epicure est un philosophe fort méconnu. On l’associe immédiatement à l’ « épicurisme ». Que cela est étroit!
Un vieux sage disait: « Un temps fait les récifs. Un temps fait les balises ». Michaux qui rapporte ce mot le commente ainsi, l’air renfrogné : « Un temps la lèpre, et toi, croisade pétaradante, que nous rapporteras-tu? »
A. Von Harnack est l’un des plus importants théologiens allemands du XIXème siècle. Son oeuvre majeure, Histoire des dogmes, était librement disponible sur la Toile, il y a peu de temps encore, notamment sous la forme d’une belle version en PDF, numérisée par Google. Véritable monument d’analyse des divers dogmes du christianisme, ainsi que de ses hérésies, ce livre a fait l’objet de nombreuses éditions papier depuis sa publication vers 1890.
Il y a un angle fort peu traité (publiquement) en matière de propriété intellectuelle, c’est celui de son rapport avec l’évasion et la fraude fiscales. Voici quelques faits éloquents à ce sujet. Selon l’OCDE plus de 60% du commerce international se fait entre des filiales d’un même groupe basées dans des pays différents. Il est donc extrêmement facile et tentant de manipuler les « prix de transferts » d’actifs vendus par des filiales de pays à fiscalité « normale » vers des filiales du même groupe enregistrées dans des pays à fiscalité très faible, voire inexistante. Les actifs ainsi cédés échappent du même coup à tout impôt.
Je ne comprends vraiment pas tout ce buzz sur le nouveau produit d’Apple, l’IPad. Dix ans de recherche pour en arriver à cette bête tablette mono-tâche? Steve Jobs a fait sans doute un flop, cette fois-ci!
Jean-Luc Marion, qui vient d’être élu à l’Académie française, est présenté dans la presse comme « philosophe et catholique ». On peut s’interroger sur la valeur sémantique exacte de cette conjonction de coordination. Ce « et » oscille peut-être entre deux extrêmes, celui de l’association pacifique entre deux états, celui de la raison et celui de la foi, ou au contraire la mise en évidence de leur opposition radicale.
Richard Stallman, comme tous les bons juristes, a le génie du mot précis. Comme jadis Bentham ou Orwell, il sait que les mots sont la clé du pouvoir. Il a ainsi décidé d’employer désormais le mot « privateur » à la place du mot « propriétaire ». Un logiciel « propriétaire » est donc appelé un logiciel « privateur ». Privateur de quoi? Des libertés de décortiquer, de modifier, de partager, de réutiliser tout ou partie des lignes de code. On connaît fort bien la philosophie juridique impeccable qui entoure et protège le concept de GNU.
« Au cours des révolutions de 1789, 1917 et 1949, des forces sociales puissantes agissaient pour transformer les modalités de la culture. Désormais, c’est sous l’égide du capital, et de lui seul, que les pratiques culturelles se définissent, à une échelle mondiale », nous annonce sans mollir Dan Schiller dans le Monde diplomatique daté de décembre 2009.

Edgar Morin est « le » grand penseur qu’aiment citer les gazettes. Par exemple, Libération (du 27/11/09) vient de lui ouvrir ses colonnes pour traiter d’un thème ô combien profond: « Que reste-t-il de l’universel européen? »




Je lis sur un blog que la fibre optique serait déjà dépassée. Creuser des tranchées coûteuses et tirer des fibres jusque dans les halls d’immeuble serait aujourd’hui obsolète. Tout cela nous rappellerait le calamiteux Plan Câble. Ce qu’il faudrait faire en France (et ailleurs), c’est accélérer le développement du Très Haut Débit Mobile, avec des technologies comme WiMax, ou le 4G (aussi connu sous l’acronyme LTE pour Long Term Evolution).



On trouve une phrase assez typique de l’idéologie à la mode chez Slavoj Zizek: "Les actes relevant du mal radical ne seraient-ils pas devenus les seuls candidats à l’Absolu à notre époque post-idéologique résignée à n’admettre aucun Absolu positif?" (in Bienvenue dans le désert du réel)
La théorie de l‘inflation éternelle de l’univers requiert que le monde soit rempli de milliards de milliards de milliards etc… (à répéter plus d’une centaine de fois) d’ "univers-bulles". Ces "univers-bulles", expression due à Alan Guth, auraient jailli de la dilatation continuelle de l’espace, comme autant de bulles de champagne d’une bouteille cosmique baptisée "multivers" ou "mégavers". La "théorie des cordes" fournit un début de conceptualisation à cette extraordinaire (et à peine concevable) variété d’univers coexistant au sein du "multivers", et dont le nombre dépasserait 10 puissance 500 (1 suivi de 500 zéros).
L’infosphère nous environne désormais de toute part. Un réseau très fin, très dense, très pénétrant, de techniques fort diverses quadrille nos vies, nos sociétés, notre mémoire et notre avenir. Et cela ne fait que commencer. La convergence des nano-, bio-, infotechnologies, appelée aussi convergence BANG (Bits, Atomes, Neurones, Gènes), va donner très prochainement une impulsion supplémentaire, décisive, brutale, à ce mouvement de fond.