Microsoft vient de se voir reconnaître par l’Office des brevets américains (USPTO) un brevet (le n°7,437,290) protégeant une technique de censure automatique des flux audio sur le net. Cette "invention" permet de reconnaître n’importe quel phonème ou n’importe quel mot dans un flux audio diffusé en temps réel sur Internet et de l’effacer, ou de le remplacer par un "bip" de censure.
L’objectif cherché semble être d’éradiquer des conversations en ligne les mots obscènes ou jugés non conformes à la net-éthique de telle ou telle compagnie. Ce qui est évidemment précieux, par les temps qui courent.
De cette technique de manipulation des conversations en temps réel, il y a sans doute beaucoup d’autres applications à tirer. Pourquoi ne pas insérer des mots subliminaux dans les discussions à caractère politique de manière à subvertir en douceur leurs contenus? Par exemple on pourrait remplacer Obama par Nobama? Ou McCain par Palin? Ou tout autre astuce follement amusante.
On peut aussi imaginer de transformer complètement les échanges verbaux entre deux personnes, de façon indiscernable, si l’on possède l’empreinte vocale des interlocuteurs. Cette technique de subversion vocale a donc un grand avenir, pour la lutte anti-terroriste, pour l’escroquerie en ligne, pour la manipulation de l’opinion, pour la paix des ménages (ou leur éclatement), pour la distorsion des faits et l’embellissement des rêves.
Et ce n’est qu’un début!
La censure en temps réel des flux vidéo ne saurait non plus tarder. Le monde des images et de sons, il est clair que son avenir plus que probable est de (re)devenir une sorte de "monde flottant", pour reprendre (en la détournant) cette ancienne image japonaise. Dans ce monde sans fondement, sans certitude autre que l’assurance d’être cerné par des puissances logicielles, virales et brevetées, nous devrons apprendre d’autres catégories de mise en doute, et nous devrons acquérir une souplesse accrue pour jongler en temps réel avec les rhumatismes ontologiques.
Marx s’est moqué jadis, avec entrain, de la "critique critique", dans un autre contexte, il est vrai. Et pourtant! Bauer avait au moins trouvé une formule pétillante. De critique vraiment critique, nous aurons désormais besoin, pour la survie du sens.