Le "nomos", mot grec, désigne la loi, ou la coutume. Le "nomos" possède une riche valeur étymologique, un buisson de sens. Il est le substantif du verbe grec "nemein", distribuer, partager, diviser, mais aussi: faire paître, posséder, occuper, diriger, administrer.
Le "logos" est en quelque sorte un concept dual du "nomos": la parole contre la loi, le lien contre la division.
La nouvelle instabilité mondiale résulterait alors d’une tension entre le nomos des uns et le nomos des autres. Voici ce qu’on veut nous faire croire.
Plutôt que d’enchérir à ce poker idéologique, je préfère suggérer de considérer la situation comme le symptôme d’une évolution non du "nomos", mais bien du "logos" planétaire.
Car ce qui nous relie est plus fort que ce qui nous sépare.
Les Etats-Unis et l’URSS, entre 1950 et 1990, avaient produit un ordre bipolaire, issu du "nomos" de Yalta.
Le "nomos" précédent était fondé sur la géopolitique de la mer et de la terre, ou des métropoles et des colonies, et prit fin en 1918. Entre 1918 et 1939, pas de "nomos" clair.
Depuis la disparition de l’Union Soviétique, il n’y a pas non plus de "nomos" reconnu. Conséquence immédiate : la guerre s’installe aux marches de l’ancien "nomos" (Golfe, Moyen-orient, ex-Yougoslavie).
Là où un ancien "nomos" se dissout, il faut qu’un nouveau "logos" crée de nouveaux "liens", une nouvelle "logique", une nouvelle idéo-"logie". La "religion" peut jouer un temps ce rôle de "logos". Mais dans ce rôle, elle n’est pas religieuse par son contenu idéologique objectif. Elle est religieuse surtout en tant qu’elle crée du "lien", et qu’elle permet ainsi de tester les conditions d’un nouveau "nomos".
Les soubresauts actuels ne sont donc pas religieux en tant que tels. Ils sont "logiques".
Le catholicisme et le protestantisme ont pu être au moment du schisme de la Réforme des éléments clé du "nomos" occidental d’alors. Aujourd’hui nous sommes à la recherche d’un nouveau "nomos". Il n’est pas certain du tout que ce "nomos" soit désormais basé sur la géographie et le territoire. La puissance du virtuel et de la mise en réseaux mondialisée est telle, que le nouveau "nomos" de la Terre sera basé sur le contrôle des espaces symboliques (les médias, les marchés, les idées), non sur les espaces territoriaux, devenus enclos, ou réserves, ou ghettos.
Mais là il y a un hic: les médias, les marchés, les idées relèvent du "logos", non du "nomos". Ils ont besoin de liaisons, non d’exclusions. Comment fonder un "nomos" qui ne soit pas fondé sur l’exclusion ? Le "logos" contre le "nomos", voilà en fait le match du siècle.
Tel est le défi de notre planète au XXI ème siècle. Tous ceux qui ont un intérêt stratégique au maintien des privilèges de l’ancien "nomos" feront tout, évidemment, pour retarder l’avènement du nouveau "logos".
