Jusqu’aux Lumières, le monde occidental a cru à la transcendance de Dieu. Le pouvoir en profita largement, s’arrogeant sa représentation sur terre, et tirant bénéfice de cette transcendance pour son propre compte. Et puis le 19ème siècle s’agita. Sous la pression du réel (le peuple), il fallut devenir positiviste, rationaliste, athée ou socialiste: il fallut substituer l’immanence à la transcendance. Hegel nous apprit que l’Histoire était le berceau de l’esprit du monde s’éveillant à lui-même. Proudhon nous expliqua que l’humanité devait prendre la place de Dieu. Au 20ème siècle, d’autres pouvoirs, considérables, tirèrent avantage de cette nouvelle idée. Le sang noya la plupart des illusions que quelques peuples placèrent alors dans le fascisme, le nazisme et le communisme. D’autres illusions encore vinrent enfin: avec la fin de la guerre froide, on annonça la "fin de l’histoire". La démocratie allait envahir le monde pacifié.
Que nous réserve le siècle n°21 ?
Avant de répondre, pause nébuleuse, avec cette photo empruntée à l’ami ET d’Orion.

Dans le passé, ni la transcendance ni l’immanence n’ont convaincu. Catégories trop massives, trop dualistes. Encore des antinomies!
On prévoit plutôt des mélanges infiniment fractals de l’une et de l’autre. La fusion fine du téra et du nano, du péta et de la femto, comme si l’angström tendait la main au super amas. Dans les univers en pile ou en boucle, parallèles ou feuilletés, il y a des espaces vierges, fibreux, où se marient en silence les accords libres de l’immanence et de la transcendance. Je ne fais pas allusion ici aux correspondances rêvées jadis entre microcosme et macrocosme. Il ne s’agit pas de correspondance. Le mot est trop postal.
Car de quoi parle-t-on, lorsqu’on parle d’immanence et de transcendance? Du mystère.
Il est difficile de ne pas voir le mystère s’activer autour des morts. Les vivants aussi ont leur part de mystère, soudain et vite envolée.
Le mystère ne s’encombre pas des catégories coupantes des philosophes ou des politiques. Le mystère n’est pas un roman. Il n’est pas un programme. Il n’a rien à voir avec la peur.
Un révolutionnaire, qui avait du temps libre, F. Engels, écrivait en 1842, dans ses Schriften aus der Frühzeit: "L’essence de l’Etat comme de la religion est la peur de l’humanité devant elle-même."
L’humanité prit effectivement peur devant le genre d’Etat que ce genre de théorie engendra. Mais la peur n’est pas l’essence de l’humain, n’en déplaise aux philosophes du pessimisme.
L’humain a à voir avec le mystère, et non la peur.
