Tout le monde connaît l’histoire de l’âne de Buridan. Elle fut souvent évoquée dans le débat sur le libre arbitre.
Voici ce qu’en dit le célèbre Spinoza dans ses Pensées métaphysiques (2ème partie, ch. 12):"Si en effet l’on suppose un homme au lieu d’un âne dans cette position d’équilibre, cet homme devra être tenu non pour une chose pensante, mais pour l’âne le plus stupide, s’il périt de faim et de soif."
Et voici ce que le même Spinoza en dit dans son Ethique (scolie de la prop. 49): "J’accorde parfaitement qu’un homme placé dans un tel équilibre (c’est-à-dire ne percevant rien d’autre que la faim et la soif, tel aliment et telle boisson également distants de lui) périra de faim et de soif. Me demande-t-on si un tel homme ne doit pas être estimé un âne plutôt qu’un homme? Je dis que je n’en sais rien; pas plus que je ne sais en quelle estime l’on doit tenir un homme qui se pend, les enfants, les stupides, les déments."
Le deuxième texte fut écrit quelques décennies après le premier, et le contredit nettement. Comment expliquer cette palinodie? Spinoza affirme clairement dans sa proposition 48 de la 2ème partie de l’Ethique: "Il n’ y a dans l’âme aucune volonté absolue ou libre".
Il y a fort à parier qu’il fut donc contraint de renoncer à la liberté qu’il chérissait jadis.