
…celui qui m’a vu…

…celui qui m’a vu…
La carte mondiale des sociétés de surveillance vient de sortir sur le site de Privacy International http://www.privacyinternational.org.
Parmi les "sociétés de surveillance endémique", au plus haut niveau du classement mondial, on trouve les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la Russie, la Chine. La France arrive juste derrière.
Les choses vont bon train, et il y a encore beaucoup de progrès possibles en la matière. Il y a beaucoup à tirer de technologies émergentes comme IPv6, dont peu de personnes à l’heure actuelle pressentent leur impact sociétal massif. L’identification biométrique généralisée et la mise en réseau de notre identité biométrique, si possible sous forme de puces RFID portatives, donnant lieu à la création d’un numéro identifiant unique mondial pour chacun de nous, est une excellente piste aussi. Le ciblage individuel, sémantique et comportemental, dont des firmes comme Google font leur fonds de commerce, va aussi faire encore plus de progrès. Nous sommes les nouvelles pépites des mines d’information des années 2010.
Mais la principale force de cette industrie du futur, c’est encore l’indifférence politique, philosophique et morale des citoyens, qui facilitent le viol de leur vie privée par ignorance.
La réaction viendra peut-être lorsque les conséquences de la marchandisation de l’intimité deviendront évidentes. Il sera alors bien tard. Les puissances économiques et financières qui ont un intérêt au viol journalier de nos vies privées seront alors en mesure d’imposer leur vision du monde, d’autant qu’elles seront appuyées par les Etats, qui surfent sur la demande sécuritaire.
Contre plus d’efficacité, contre plus de services, contre plus d’applications, nous allons donc inévitablement devoir accepter de nous dénuder au profit des banques mondiales de données. La transparence totale, je dis bien totale, sera donc un fait acquis.
La conséquence à long terme mérite bien un peu de réflexion. Sans doute allons-nous revenir à des formes de néo-puritanisme, logiquement accompagnées de nouvelles hypocrisies, de nouveux camouflages — tant l’intrusion indiscrète sera possible. Il y a aura aussi d’incroyables passe-droits pour ceux qui seront les grands-prêtres des banques de données et des serveurs d’identités.
Politiquement, Hobbes et son Léviathan impitoyable, et Orwell et son Big Brother douceureux ont tracé une bien probable esquisse.