Le PDG de Sun Microsystems, McNealy, vient de déclarer que sa compagnie était capable de connecter tout ce qui a une valeur supérieure à un dollar ("We can connect anything that is more than a dollar in value"). Il s’agit d’offrir aux futurs consommateurs une meilleure gestion de l’ensemble de leurs équipements, par le biais d’une recentralisation puissante. Plutôt que de distribuer au public des objets plus complexes et donc plus coûteux, l’idée est donc de décharger les consommateurs du soin de gérer ce surcroît de complexité, de leur donner des objets plus simples et meilleur marché, et de confier cette gestion à des "noeuds" intelligents, connectés en permanence et optimisant la gestion non seulement du point de vue individuel, mais aussi national…
Exemple: on pourrait gérer au mieux les économies d’énergie grâce à ce contrôle "intelligent" effectué en permanence sur l’ensemble des objets d’un pays donné.
Passons sur l’aspect orwellien du projet, à savoir le pas effectué vers une société du contrôle total et de la surveillance millimétrée. Concentrons-nous seulement sur l’aspect systémique. Il n’y a pas de difficulté technique à la proposition de McNealy, il n’y a que des problèmes politiques et sociétaux… Qui décidera des algorithmes d’optimisation entre les quartiers riches et les pauvres? Qui décidera de la puissance de la péréquation sociétale entre aspects positifs et négatifs d’une telle gestion centralisée?
Le diable est dans les détails. Ceci est particulièrement vrai de la technique. L’idéologie contemporaine est de considérer la technique comme neutre, comme allant de soi. Alors que souvent la technique est un masque qui cache d’autres intentions, non formulées, non débattues, mais bien réelles, terriblement réelles.