Archive pour août 2009

A la recherche de la métonymie perdue

Lundi 31 août 2009

Proust consacre dans "Le temps retrouvé" quelques pages précises, mais fort succinctes, à la description de Paris en période de guerre mondiale. On y apprend essentiellement qu’en 1916 les belles et élégantes parisiennes du Faubourg s’efforçaient d’adopter un style "guerre" , se résumant au port de chapeaux en forme de cylindre.
Il s’agissait sans doute d’évoquer par une métonymie chapelière l’obus ou le képi.

Mais cherche-t-on dans son livre une analyse des nouvelles du front, qu’on n’en trouvera pas l’ombre d’une.
Des considérations sur la tuerie en cours? En aucune manière.
Une réflexion sur la civilisation européenne capable de cette grande boucherie? Vous n’y pensez pas.
Proust disait d’ailleurs qu’ "une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse le prix".

En revanche, on y trouve de nombreuses pages sur la maison de passe tenue en sous-main par Jupien pour le compte du baron de Charlus, maison dans laquelle le marquis Robert de Saint-Loup, devenu un héros de l’armée, perdit d’ailleurs inopinément sa croix de guerre, à la fin de sa permission. Il retrouvera à temps cette croix, chez son ami Marcel, mais il sera tué le surlendemain, après son retour au front.

Doit-on lire là aussi quelque métonymie?

On peut le penser, mais elle est bien cachée.

La vitesse de la douleur

Lundi 31 août 2009

Dans "La fugitive", Proust avait écrit dans un style prophétique qu’il ne s’autorisait que rarement: "la force qui fait le plus de fois le tour de la terre en une seconde c’est la douleur."
Cette formule assez elliptique, forgée dans le cadre de sa réflexion sur la mort d’Albertine, avait sans douté été influencée de manière subliminale par les idées d’Einstein qui avaient commencé d’être rendues publiques dès 1905.

Aujourd’hui, les "trous noirs", fort nombreux dans cet univers-ci, comme dans les mondes parallèles du "multivers", infligent une fin prématurée aux lignes d’espace et de temps. Ils avalent toute lumière, toute énergie et toute matière dans le silence. La lumière va très vite, mais elle finit par se faire dévorer.

Quid de la douleur? Qui la dévore? Qui l’avale? Le temps, semble répondre l’auteur de la Recherche.

A la question posée: comment retrouve-t-on le temps? et après de nombreux détours, Proust a fini par répondre brièvement: "par l’art". Mais comment retrouve-t-on ce qui était avant la douleur?