« Au cours des révolutions de 1789, 1917 et 1949, des forces sociales puissantes agissaient pour transformer les modalités de la culture. Désormais, c’est sous l’égide du capital, et de lui seul, que les pratiques culturelles se définissent, à une échelle mondiale », nous annonce sans mollir Dan Schiller dans le Monde diplomatique daté de décembre 2009.
Je trouve cette affirmation hautement improbable. La « culture » n’est pas un océan mondialisé, quadrillé, asservi. Elle est plutôt constituée de mille archipels, ou d’un milliard de galaxies. Que le capital prétende mondialiser les pratiques culturelles à travers TIC et consommations unifiées paraît une évidence, quoique fort arrogante. Mais que l’on puisse croire aussi facilement qu’il va réussir cette mise en coupe des rêves me paraît relever d’un défaitisme inapproprié.
Internet est un média puissant, n’en doutons pas. Mais la culture n’est pas un média, et elle n’est pas dans le média non plus, n’en déplaise aux McLuhaniens de tout poil. Je ne peux accepter ce matérialisme médiologique, fort à la mode. Je crois que dans tout contenu, il y a une partie qui n’est pas « contenue » dans le « contenant », mais qui le déborde plutôt de toutes parts. La forme n’est pas immanente à la matière, quoique les structuralistes (fort démodés d’ailleurs) aient pu dire.
Prenons la montée des eaux, le changement climatique, le réchauffement de l’atmosphère: ce sont là des effets indubitables d’un certain type de développement technique et industriel. Permettez-moi, à titre de métaphore, de comparer les TIC à une montée des eaux, et les monopoles « propriétaires » à un piégeage global du C02.
De même qu’une autre croissance est possible, dans un autre environnement plus « vert », de même mille autres « cultures » sont possibles, en deçà, à côté ou au-delà des TIC, dans un environnement plus « ouvert ».
Nous n’avons encore rien vu, et nos yeux myopes clignotent dans la lumière blafarde d’une aube ouverte, à venir.


Edgar Morin est « le » grand penseur qu’aiment citer les gazettes. Par exemple, Libération (du 27/11/09) vient de lui ouvrir ses colonnes pour traiter d’un thème ô combien profond: « Que reste-t-il de l’universel européen? »