La piqûre de l’ennui

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La puissance des modèles mathématiques, jusqu’où peut-elle aller dans la simulation de la vie? S’il s’agit de modéliser des bancs de poisson ou des vols d’hirondelles, on dispose déjà de simulations convaincantes. Les vaches aussi semblent obéir à des modèles assez simples, par exemple basés sur le couplage d’oscillateurs, selon un article du blog Arxiv. Certes, l’on dira que simuler des vaches dans leur étable, leur façon de se coucher ou de se relever synchroniquement, semble élémentaire.
Mais le point important c’est que des comportements très élaborés peuvent se laisser simuler par des jeux de règles fort simples. Les « animats » (des « animaux matériels » construits à partir de règles formelles, selon des procédures relevant de l’intelligence artificielle) sont étudiés depuis une vingtaine d’années.
Ces « animats » sont capables de conduites adaptatives, et peuvent mimer des comportements complexes, tenant compte des modifications de leur environnement, et notamment de l’attitude et des actions des autres « animats ».

Pourrait-on adapter ce type de modèle à l’homme? Sans doute. Les études sur la psychologie des foules, ou les théories d’un René Girard sur le caractère mimétique du désir en témoignent. Plus généralement l’amoncellement sans grâce des théories déterministes appliquées à l’homme, de Spinoza à Freud, de Hobbes à Schopenhauer, de Diderot à Planck, prouve assez que la conception récurrente et martelée de l’homme-machine n’a jamais cessé depuis l’aube des temps modernes, et que cette conception est toujours vivante, et qu’elle est même immanente à la modernité.

Admettons. Admettons un instant que l’homme, comme la vache ou la sardine, soit effectivement modélisable, et qu’un futur animat doté de multiples feed-backs cognitifs et sensoriels pourra servir d’assez bonne approximation de l’homo sapiens. Que se passera-t-il alors? Ainsi caricaturé, singé par ses propres machines, le même homo sapiens n’aura bientôt plus d’autre désir que de se réinventer, que de se transcender lui-même, sous peine de mourir de honte ou d’ennui.
Pour cette raison, les animats représentent l’une des voies les plus profondes, les plus fécondes, de l’art.

4 réponses à “La piqûre de l’ennui”

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by ownicrew. ownicrew said: #OwniCrew La piqûre de l’ennui http://queau.eu/?p=1087 [...]

  2. Thaelm dit :

    ————— optionnel ——
    Les modèles du vivant fonctionnent étonnamment bien

    au début.

    Voir tout ce qui a été fait dans le domaine de la reconnaissance de forme ou de parole.

    Dans un second temps, leur rendement est terriblement décroissant.

    En fait, l’idéal pour un modèle, c’est la réduction de l’individu à la foule
    qui permet,
    comme lorsqu’on fait une carte d’un lieu
    de faire disparaître le détail

    Détail qui est précisément à l’origine de tout résultat vivant.

    C’est cet échec dans le temps des modèles du vivant
    qui fait que la recherche en consomme un grand nombre
    et passe très souvent d’un modèle très prometteur
    à un autre
    (souvent sans bilan )

    Rappelons que l’OCDE/CERI avait prévu en 1985 des tuteurs intelligents (auxiliaires d’apprentissage pour notamment les publics en difficulté) pour l’an 2000.
    On en est tellement loin
    que cette voie semble totalement délaissée de tous ceux qui s’occupent d’enseignement.
    Par ailleurs « La société de l’Esprit » donnait à penser qu’en 2010 on en serait bien plus loin sur la voie de ses petits éléments sans intelligence (analogues à des fourmis) qui, coopérant produiraient … de la conscience (et les résultats au niveau de la fourmilière)
    ——————- fin de l’optionnel ———

    (partie principale de ce commentaire)
    Une question
    ces animats sont-ils pris en compte par les gens du projet RobutCub (ou ICub)
    dans leur tentative (à la pointe de l’IA) pour approcher les capacités d’apprentissage d’un enfant de 2ans.

    Merci d’avance de la réponse.

  3. Thaelm dit :


    les blogs
    c’est plus ce que c’était

  4. Je ne connais pas le projet iCub bien que leur site web soit assez riche d’infos.
    L’idée de cet article sur l’ennui des modèles rejoint la vôtre: de même que tout modèle est assez vite susceptible d’obsolescence (et même ceux de Pythagore ou de Newton), de même l’idée que l’homme (l’homo sapiens) se fait de lui-même est aussi susceptible de nécessaires métamorphoses.

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