Absolument post-moderne

On trouve une phrase assez typique de l’idéologie à la mode chez Slavoj Zizek: "Les actes relevant du mal radical ne seraient-ils pas devenus les seuls candidats à l’Absolu à notre époque post-idéologique résignée à n’admettre aucun Absolu positif?" (in Bienvenue dans le désert du réel)

Notre temps est-il réellement post-idéologique? Si oui, cela même serait encore une idéologie, pourrait-on arguer. L’idéologie post-idéologique est peut-être encore plus idéologique que les idéologies classiques dans la mesure où elle cache mieux son jeu, elle est plus hypocrite, sournoise, elle refuse de se laisser saisir, elle file dans l’évanescence, et se drape dans la dénégation de tous les "récits".

D’ailleurs, l’idéologie post-moderne, l’idéologie dite "post-idéologique", équivaut-elle vraiment à la disparition de tout Absolu positif? La mort, décrite ici et là de quelques "grands récits" politiques et sociaux (marxisme, socialisme, justice sociale, etc…), aurait-elle vraiment sonné le glas de toute forme d’absolu? Est-on si sûr de l’impossibilité de créer bientôt quelque  nouveau "grand récit" adapté à la nouvelle donne? Hegel avait affirmé que l’Histoire avait trouvé sa fin avec Napoléon, et l’idéologue "néocon" Fukuyama a repris cette idée de fin de l’Histoire en mettant le mot "démocratie" à la place du nom de Napoléon. Ne se sont-ils pas manifestement trompés?

A l’évidence, la fin de l’histoire n’a pas eu lieu. Et l’absolu n’a pas disparu. La définition même de l’absolu ne permet pas de le laisser se réduire à une époque, une idéologie, une "positivité" ou une "négativité" qui seraient encore relatives. On ramène là encore l’absolu à nos proportions. Erreur fatale de méthode et de perspective.

Nous ne savons pas penser l’absolu. Le préfixe latin ab- indique une coupure. La racine solus implique une solitude. L’absolu est fort loin de nous, et semble séparé par plusieurs épaisseurs.
C’est précisément la raison pour laquelle la distinction faite entre un absolu positif et un absolu négatif (appelé par exemple "mal radical") ne me semble pas pertinente. L’absolu ne supporte pas ce genre de relativisation adjectivale.

Accoler à  l’absolu un adjectif est une forme typique de l’idolâtrie moderne. Et c’est cette idolâtrie, in fine, qui forme la substance de la nouvelle idéologie post-idéologique.
L’idéologie est donc aujourd’hui toujours à l’oeuvre, peut-être moins fortement que pendant la première moitié du siècle dernier, où les "grands récits" totalitaires ont occupé presque toute la scène. Le totalitarisme n’a pas été éradiqué pour autant. Il prend des formes plus subtiles. Le conformisme est moins sanglant. Mais la novlangue du jour n’en est pas moins pesante.

Non, l’Absolu n’est pas mort. Il s’est tout au plus quelque peu éloigné. Mais pour l’Absolu, le près ou le loin, le long ou le court, n’ont pas le même sens que pour le JT de 20h.

Une réponse à “Absolument post-moderne”

  1. Jean-Marc dit :

    « le nouveau locataire de la rue de Valois a affiché une détermination sans faille (absolue? :) ) face aux « absolutistes de l’Internet libre ». « 

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