METAXU - Le blog de Philippe Quéau

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samedi 17 février 2018

A l’image et selon la ressemblance ? Ou, dans l’ombre et les larmes ?

Dieu a dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gen. 1.26). A quoi ces mots se réfèrent-t-ils exactement ? Qu’est-ce que cette « image » ? De quelle « ressemblance » s’agit-il?

Des tonnes d'encres ont déjà coulé à ce propos. Pour tenter de trouver un peu de nouveau, l’étymologie peut nous aider quelque peu.

L’hébreu comporte une bonne douzaine de termes qui expriment ou connotent l’idée d’image. Mais dans ce verset de la Genèse, c’est le mot tsêlêm (צֶלֶם) qui est utilisé. Il a pour premier sens : « ombre, ténèbres ». Dans son sens figuré, il signifie aussi « image, figure, idole ».

Quand à l'idée de « ressemblance », elle s’exprime ici, en hébreu, par le mot demouth (דְמוּת), « ressemblance, image ». La racine de ce mot vient du verbe damah (דָּמָה), « ressembler, être semblable ».

De cette même racine dérive le mot dam (דָּם), qui signifie« sang », mais aussi "meurtre, crime". Un autre sens, dérivé, est « ressemblance », sans doute parce que des personnes de même sang peuvent arborer des traits semblables?

Dans la même famille de mots basés sur la racine damah (דָּמָה), il y a plusieurs autres mots, assez proches, et qui valent la peine qu'on les mentionne ici.

Il y a le mot דֻּמָּה , dummah, "destruction", le mot דְּמִי, démi, "destruction, anéantissement", le mot דֳּמִּי, dami, "silence, repos", le mot דָּמַע, dama’, « répandre des larmes ».

On trouve aussi le mot dimyon, qui veut dire « démon », et qui semble très proche du grec daimon (δαίμων). Est-ce un hasard? Peut-être que ce sont les Hébreux qui ont emprunté le mot daimonaux Grecs, le transformant en dimyon? Ou bien est-ce l'inverse? Je ne sais. Mais il est avéré que daimona été employé par Homère pour signifier "puissance divine". Ce n'est que très tardivement, à l'époque chrétienne, que ce mot servit pour désigner des puissances maléfiques, démoniaques.

Le mot daimonvient du verbe daiomai, "partager, diviser". Son sens initial, tiré de ce verbe, est "puissance qui attribue", d'où "divinité, destin".

Selon Chantraine, on peut utilement comparer le même glissement de sens avec le vieux perse baga et le sanskrit bogu, "dieu", qui donnent en avestique baga-, "part, destin" et en sanskrit, bhaga, "part, destin, maître".

Muni de toutes ces résonances, on pourrait tenter de traduire autrement le verset 1,26 de la Genèse, avecle goût des dérives, du mystère et des origines.

Voici trois improbables traductions :

1. "Créons l'homme idole et démon".

2. « Faisons l’homme dans notre ombre, selon notre sang. »

Ou bien encore:

3. Faisons l'homme de notre nuit, de nos larmes.  

 Quelle serait alors cette ombre, ou cette nuit ? Quel serait ce sang? Ces larmes ?

 


samedi 13 janvier 2018

Psychanalyse du Ta'wil (تأويل)


Ta'wil : تأويل

Le mot Ta'wil  signifie « interprétation », et s'emploie notamment à propos de la lecture du Coran, quant à son sens intérieur, allégorique, mystique.

Ce mot a d'autres sens, que je rappelle ici parce qu'ils aident à se représenter comment la langue arabe comprend l'idée d' « interprétation ».

 Ta'wil  signifie aussi: vision, spectre, fantôme ; interprétation des songes, des visions.

La racine de ta'wil est أول , ce qui signifie « commencement » et qui vient de la racine verbale أآل dont le sens, dans sa forme I, est « arriver, parvenir à un lieu ; revenir ; être chef, commander ; abandonner quelqu'un ». Dans la forme II du verbe, le sens est : « ramener, faire revenir quelqu'un à quelque chose ; expliquer, interpréter ; établir, instituer ; définir, déterminer ; expliquer ».

Livrons-nous à une psychanalyse impromptue du mot ta'wil et de sa racine première.

Il s'agit fondamentalement, le dictionnaire le montre, de « revenir » au « commencement ». Le ta'wil est tourné vers l'origine. La pensée de l'interprétation est fascinée par un lieu originaire, où peut « s'établir », « s'instituer » un « commandement ».

Avant de tenter le ta'wil des sourates coraniques, par exemple de celles qui demandent de mettre à mort les Chrétiens et les Juifs, il faudrait procéder au ta'wil du ta'wil lui-même.

Peut-être que le ta'wil fonctionnerait plus librement, s'il se dégageait du « commencement » et de « l'origine », s'il prenait en compte l'Histoire, la diversité des croyances, les ressources de la sagesse. S’il se tournait aussi davantage vers l’avenir, vers l’encore imprensé.

Un des anciens sens de la racine verbale du ta'wil est « abandonner ». Peut-être faut-il savoir abandonner les clichés, les cécités, les répétitions, les mécanismes de pensée.

Peut-être faut-il libérer le ta'wil des chefs qui prétendent imposer la vérité en religion.

Peut-être faut-il, en un mot, que la pensée critique prenne enfin son envol dans le monde ossifié, rabâcheur, sec, mort, des idées toutes faites.


samedi 25 juillet 2015

Détruire

En consultant un lexique de l’hébreu biblique, tiré du fameux dictionnaire de Gesenius, j’ai pu constater que parmi tous les mots qu'il comportait, c'est le mot « détruire » qui rassemblait, et de loin, le plus grand nombre d’équivalents et de synonymes en hébreu. J'ai compté qu'il y a en hébreu plus de 50 mots pour exprimer l’idée de destruction.

On peut les regrouper en cinq catégories.

D’abord les mots qui relèvent d’actions de combat, et expriment directement une forme ou une autre de violence : Renverser, déchirer, ruiner, saccager, frapper, brûler, couper, battre, assiéger, entourer, briser, anéantir, jeter, détruire, dresser des embuscades.

Les mots qui relèvent du vol :Voler, enlever, ravir, piller.

Les mots qui sont des métaphores de la destruction :Finir, achever, avaler, tomber, errer, ôter, partir, casser, fendre, arracher, éradiquer, cueillir, déraciner, cesser, pervertir, creuser, disparaître, rompre, gâter, répandre la peste.

Les mots qui sont des métonymies de la destruction : douleur, désert, étonnement, épouvante, trouble, sécheresse, dépeuplement, tumulte, sang, feu.

Les mots qui relèvent de la religion : profaner, circoncire, chômer (sabbat), consacrer, être en faute, être mal, faire le mal, Baâl.

Et il y a aussi deux filiations qui sortent de l’ordinaire :Le verbe דָּבַר dire, parler, annoncer donne aussi par extension (et cela de par la puissance destructrice de la parole) détruire, exterminer(2Chr. 22,10 : « Elle extermina toute la race royale » ; Ps. 2,5 : « Dans sa colère il exterminera leurs puissants »). La même racine donne également דֶּבֶרpeste, pestilence.

Et il y a aussi le verbe הָוָה, vivre, exister, être. Il donne le mot הַוָה désir, passion, dont le pluriel הַוּוֹת signifie ruine, malheur, calamité. Puissance destructrice de la passion.

vendredi 16 mai 2014

Vents et poussières

Il y a cette expression de William James qui me trotte par la tête: "poussières mentales". James l'emploie dans un contexte particulier que tous ses lecteurs connaissent, et que je ne reprendrai donc pas. Je me contenterai ici de simplement dériver librement à partir de ces deux mots accolés. D'abord, ils semblent fort opposés. La poussière, image du rien, du dérisoire, du néant ou de la mort, et le mental, sommet de la création, lieu d'émergence, de vie et de transformation. Ensuite, la poussière est infime, l'esprit se veut vaste. La poussière est, comme l'atome, quelque chose d'insécable. Comme l'homme (homo), la poussière vient de la terre (humus) et, à ce titre, est essentiellement humble (humilis).

Quand l'homme biblique, au désespoir, se couvre la tête de poussière, il nous rappelle notre destin nécessaire. Il associe métonymiquement, par le biais du cheveu, la poussière extérieure et le mental interne.

Mais il est une autre dimension encore. Les idées sont peut-être au fond, non pas des formes, comme aimait à le penser Platon, ni des mouvements, mais des tourbillons, des nuages de poussières nano-scopiques. Chaque neurone est un petit soleil empoussiéré, que parfois les vents de l'esprit balayent.

vendredi 6 décembre 2013

Une manière inouïe en Occidentخَيْر

En arabe, le mot خَيْر , (Khaïr), bien, bon, a la même racine que le mot خِيار  (Khiyara), choix, liberté. Cette même racine forme aussi le verbe خَارَ   (Khara) qui veut dire : obtenir quelque chose de bon, mais aussi : préférer, donner la préférence à l’un sur l’autre, choisir quelque chose.

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samedi 16 novembre 2013

Le souffle à l'origine du monde

元气 (en chinois, yuánqì) : 元 origine + 气 souffle : le souffle originel à l'origine du monde.

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vendredi 15 novembre 2013

Shēn 申 Dire

La langue chinoise offre d'innombrables rêveries sur la manière dont les concepts s'agglutinent ou se dissocient, coopèrent entre eux ou bien se divisent, s'éloignent les uns des autres. Cela vient de ce que chaque caractère peut se combiner de multiples façons avec d'autres caractères aussi éloignés que possible. Ainsi Shēn 申 "dire, rapporter", dans le simple exemple suivant.

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jeudi 14 novembre 2013

VERT 青 أخضر зелёный

En latin, VIRIDIS, vert, vient de VIREO, être vert, être vigoureux, lequel vient lui-même de VIR, l’homme. La virilité et la verdeur ont donc même racine. Henri IV, le « vert galant » a incarné cette métaphore. VIRGA, branche souple, verge, et VIRGO, vierge (qui n’a pas connu l’homme) en sont également issus, ainsi que VIRUS, suc, sperme, venin, poison.

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यु YU et סוּר SOUR

En sanskrit, la racine यु YU- renvoie à deux espaces sémantiques absolument opposés.  D’un côté, YU- (1) signifie “séparer, éloigner, exclure, protéger de, repousser”. De l’autre, YU- (2) signifie au contraire “ unir, attacher, joindre, lier, attirer, prendre possession de, tenir, adorer, honorer”. Comment expliquer une telle ambivalence, pour une même racine, indépendamment de tout affixes correcteurs?

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mercredi 13 novembre 2013

Ennemi

मित्र  Mitr´a [mith-ra] : "ami ; allié".

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Rêves

En hébreu, il y a deux mots pour le « rêve », connotés de façon très différente, l’un par la force et la vigueur ( חֲלוֹם, halôm), et l’autre par la lassitude et la vieillesse (שֵׁנָה , shenâh).

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Anima

Il y a des mots humbles, et d’autres pleins d’eux-mêmes. Ils disent la houe, le soc ou la peine, l’ombre, l’os ou le roc, le sang, le soleil ou la vie. Selon les langues, leur histoire est longue ou éphémère.

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Hasard الزهر

Le mot hasard vient de l’arabe الزهر    , al zahr, par l’intermédiaire de l’espagnol.

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Maghreb مغرب

L’un des mots de la langue arabe que je préfère est le verbe  غرب, qui forme le radical du mot Maghreb, مغرب .

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Fado

Le mot fado vient du latin fatum. S’y joue l’art subtil du destin, son hasardeuse errance ou sa force concentrée, entre autres.

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L’ombre et le sang

Quand Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gen. 1.26), à quoi ces mots se réfèrent-t-ils exactement ? Qu’est-ce que cette « image » ? De quelle « ressemblance » s’agit-il ?

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Figures de l’ennemi

La manière dont un peuple se représente l’ « ennemi » est très révélatrice de l’inconscient collectif. Et la langue, parfois, excelle à saisir cet inconscient, tel qu’il se stratifie au long des âges.

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La pensée est-elle première ou seconde ?

Aristote emploie le mot « dominer » (κρατέω , kratéo) comme une métaphore de « connaître ».

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mardi 12 novembre 2013

Le savoir 知 et la parole 言

En chinois, la parole (言) a une affinité avec les dieux (神).

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Le vent, la vie, le vin

Le vent et la vie, le soir et le souffle, la mort et l’odeur, le départ ou l’étable, le vin et l’épouse, le parfum et la volupté, la joie et la justice...

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