METAXU - Le blog de Philippe Quéau

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mercredi 26 septembre 2018

Le rire d’ Épicure



« Il faut tout ensemble rire et philosopher » a dit Épicure.i

L’alliance de ces deux verbes, quelque peu insolite,demandequ’on s’y attarde.

« Rire » est la solution adoptée parla plupart des traducteurs pour rendre le motγέλᾶν, employé par Épicure.

Faut-il s’encontenter ?

Le senspremierdeγέλᾶν est« briller », ce qui ouvre d’autrespistes sémantiques que le « rire ». Un vers de l’Iliade emploie ce mot ainsi : « Toute la terre alentour resplendit(γέλασσε) de l’éclat étincelant de l’airain ».

Le dictionnaire Bailly explique que γέλᾶν ne prend le sens de « rire » que par dérivation, à cause la joie qui « illumine » le visage.

La racine étymologique de γέλᾶν est Γαλ, « être clair, briller ». Cette racine tire son origine de la notion générale d' éclat .ii

D’autres mots en sont issus, notamment γάλα, « lait », peut-être à cause de son doux ‘éclat’ (laiteux), ou encore γαλήνη, « temps calme », acception qui résulte sans doute d’une métonymie (car la mer calme brille au soleil).

Le mot γαλήνη (‘galênè’) signifie aussi la « galène argentifère » (le sulfure de plomb). Il a un autre sens encore : « sérénité de l'âme », – sans doute parce que la « sérénité » se laisse voir sur le visage par une sorte d’éclat.


Le mot γέλᾶν est ambivalent. Il est probable qu’Épicure n’a pas été insensible à tous les sens dont le verbe γέλᾶνétait porteur. Mais le lien entre sérénité, calme et rire, qui se laisse entendre implicitement dans la phrase d’Épicure, se dénoue lorsque le rire « éclate ».


La métaphore du rire se file souvent en grec ancien. Pourdire que la terre « tremble », on ditqu’elle « rit », – parce qu’elle « éclate » (« de rire »).

De même, si la mer « rit », lorsqu’elle est calme, elle« éclate » lorsqu’elle est en fureur.

Lun des épithètes de Poséidon, dieu de la mer,est σεισί-χθων, «Celui qui ébranlela terre », de σείω (seíō)« secouer, ébranler », qui a aussi donné séismeen français.Un autre épithète de ce dieu estἐνοσι-χθων « qui secoue la terre ».

Les forces de la terre, chthoniennes,sontprovoquées par Poséidon, dieu de la mer.

A travers lui, terre et mer sont étroitement liées. D’ailleurs le théonyme Poséidons’interprète étymologiquement comme Пόσις-Δς littéralement « Époux de la Terre », – Δςétant un nom ancien de la Terre, – qui se retrouve dans Déméter.iii


La terre avait aussi pour ancien nom  χθών. Ce mot (chtôn, gén. chtonos) était utilisé dans un sens religieux, pour désigner l'enveloppe extérieure du monde des morts et des puissances souterraines. La terre chthonienne n'avait aucun rapport avec la terre qui nourrit, la terre que l’on cultive à laquelle on donnait un autre nom : Gê (γἦ).

Quand la terre « tremble », c’est le monde souterrain, le monde des morts, qui « éclate de rire ».


L’intérêt de ces mots oubliés c’est qu’ils dépeignent une ancienne vision du monde. Ils rappellent qu’alors, la mer et la terre portait la trace des dieux. La mer miroitait de leur sourire innombrable et la terre éclatait de leur fureur, ou de leur rire.


Les épicuriens, rappelons-le, croyaient aux dieux, et bannissaient toute crainte de l'Hadès.iv « Les dieux existent, la connaissance que nous en avons est claire évidence. »v


Munis de cette mémoire, on peut s’aventurer maintenant à traduire plus originairement le fragment d’Épicure, dans un sens qui n’a plus grand-chose à voir avec ce que la modernité appelle « épicurisme » :


« Il faut tout ensemble resplendir et philosopher ».

« Il faut tout ensemble illuminer et philosopher »

« Il faut tout ensemble éclater et philosopher » .


iÉpicure, Sentence vaticane 41 (Gn.V., 41 f.394)

iiDictionnaire étymologique de la langue grecque. Pierre Chantraine. Klincksieck, 1977, p.214

iiiDictionnaire étymologique de la langue grecque. Pierre Chantraine. Klincksieck, 1977, p.931

ivCf. A.J. Festugière. Épicure et ses dieux.

vÉpicure, Ep III, 123

vendredi 30 mars 2018

Vie et mort des mots.

Dans l’ancienne langue ombrienne, le mot « homme » s’exprime de deux manières : ner- et veiro-, qui dénotent la place occupée dans la société et le rôle social. Cette différenciation concorde entièrement avec celle observée dans les anciennes langues de l’Inde et de l’Iran : nar- et vīrā-.

A Rome, on trouve aussi les traces de ces anciens noms dans le vocabulaire utilisé à propos des dieux Mars (Nerio) et Quirinus (Quirites, Viriles), ainsi que le note G. Dumézili.

S’il y a deux mots distincts pour dire « homme » dans ces diverses langues, ou pour différencier le dieu de la guerre (Mars) et celui de la paix (Quirinus, – dont le nom, issu de *covirino- ou *co-uirio-, signifie « le dieu de l’ensemble des hommes »), c’est peut-être parce que l’homme est fondamentalement double, ou duel, et que les dieux qu’il se donne traduisent cette dualité ?

Si l’homme est double, les Dieux sont triples. La triade précapitoline, ou « triade archaïque », – Jupiter, Mars, Quirinus –, propose en effet un troisième Dieu, Jupiter, qui domine les deux premiers.

Que nous dit le nom de Jupiter ?

Ce nom est très proche, phonétiquement et sémantiquement,de celui du Dieu védique Dyaus Pitar,littéralement « Dieu le Père », en sanskrit द्यौष् पिता / Dyauṣ Pitā ou द्यौष्पितृ / Dyauṣpitṛ.

La racine sanskrite de Dyaus (« Dieu ») est दिव् div-, le « ciel ». Le Dieu Dyau est le « Ciel-Lumière » personnifié.

Lelatin Jupiter signifie donc « Dieu-Père ». La forme courte en latin estJove, (génitif Jovis).

La proximité linguistique entre le latin, l'avestique et le védique , – qui se prolonge en analogies culturelles entre Rome, l’Iran, l’Inde –, se confirme lorsqu’on se réfère aux mots : droit »,« foi », et « divination », respectivement, en latin: iūs, credo, augur. Dans la langue védique, la similarité est frappante : yōḥ, ṡṛad-dhā, ōjas. En avestique (l'ancien iranien) on trouve pour les deux premiers termes : yaoš et zraz-dā.

Dumézil affirme que iūsest une contraction de *ioves-,proche de Jove /Jovis.et il ajoute que ce mot renvoie étymologiquement au yōḥ (ouyos) védique et au yaoš avestique.

Les trois mots yaoš, yōḥ (ouyos) et iūs ont une même origine étymologique, donc, mais leurs sens ont par la suite varié significativement.

En avestique, le mot yaoš a trois emplois, selon Dumézil :

-Sanctifier une entité invisible ou un état mythique. Ainsi ce verset attribué à Zoroastre : « La conscience religieuse que je dois sanctifier [yaoš-dā]. »ii

-Consacrer, procéder à une acte rituel, comme dans l’expression : « La liqueur consacrée »iii [yaoš-dātam zaotram]

-Purifier ce qui a été souillé.

Ces concepts (« sanctification », « consécration », « purification ») renvoient aux trois formes de médecine qui prévalaient alors : la médecine des plantes, celle du couteau et celle des incantations.

On peut remarquer incidemment que ces trois formes de médecine s’appuient respectivement sur la vitalité du monde végétal et sa puissance de régénération, sur les forces de vie associées au sang versé lors du « sacrifice », et sur la puissance mystique des prières et des oraisons.

En langue védique, le yōḥ (ou yos)est associé à la prospérité, à la santé, au bonheur,à la fortune,mais aussi à l’universmystique, rituel, comme en témoigne la racine sanskrite yaj, « offrir le sacrifice, honorer la divinité, sanctifier un lieu ».

Mais en latin, le iūs prend un sens plus concret, plus juridique et plus « verbal » que religieux. Le iūs peut être dit: « iū-dic », d’où le mot iūdex, justice.

Les Romains ont en quelque sorte socialisé, personnalisé, légalisé et « laïcisé » le iūs . Ils font du iūs un attribut de tout un chacun. Le iūs d'une personne équivaut au iūs d'une autre personne, d’où des possibles confrontations, mais aussi la recherche d’un équilibre et d’une balance, – la guerre ou la paix.

L’idée du « droit » (jus) vient donc d’une conception du iūs, fondée dans la Rome originelle, mais elle-même héritée d’une tradition mystique et religieuse, bien plus ancienne, et venant d’un Orient (indo-aryen) plus lointain. Mais à Rome c’est l’esprit juridique du jus qui l’a emporté finalement sur l’esprit mystique et religieux.

L’idée du jus est arrivé jusqu’aux Temps modernes, mais quid de l’esprit porté dans trois langues indo-aryennes par les mots iūs, yaoš-dā, yōs, associés originairement à la racine *ioves-.

On ne sait. On remarquera seulement que les mots yōḥ et Jove, semblent proches, phonétiquement, et poétiquement, de deux noms hébreux du Dieu : Yah et YHVH (Yahvé).

iG. Dumézil. Idées romaines. 1969

iiYasna 44,9

iiiYast X. 120

samedi 17 février 2018

A l’image et selon la ressemblance ? Ou, dans l’ombre et les larmes ?

Dieu a dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gen. 1.26). A quoi ces mots se réfèrent-t-ils exactement ? Qu’est-ce que cette « image » ? De quelle « ressemblance » s’agit-il?

Des tonnes d'encres ont déjà coulé à ce propos. Pour tenter de trouver un peu de nouveau, l’étymologie peut nous aider quelque peu.

L’hébreu comporte une bonne douzaine de termes qui expriment ou connotent l’idée d’image. Mais dans ce verset de la Genèse, c’est le mot tsêlêm (צֶלֶם) qui est utilisé. Il a pour premier sens : « ombre, ténèbres ». Dans son sens figuré, il signifie aussi « image, figure, idole ».

Quand à l'idée de « ressemblance », elle s’exprime ici, en hébreu, par le mot demouth (דְמוּת), « ressemblance, image ». La racine de ce mot vient du verbe damah (דָּמָה), « ressembler, être semblable ».

De cette même racine dérive le mot dam (דָּם), qui signifie« sang », mais aussi "meurtre, crime". Un autre sens, dérivé, est « ressemblance », sans doute parce que des personnes de même sang peuvent arborer des traits semblables?

Dans la même famille de mots basés sur la racine damah (דָּמָה), il y a plusieurs autres mots, assez proches, et qui valent la peine qu'on les mentionne ici.

Il y a le mot דֻּמָּה , dummah, "destruction", le mot דְּמִי, démi, "destruction, anéantissement", le mot דֳּמִּי, dami, "silence, repos", le mot דָּמַע, dama’, « répandre des larmes ».

On trouve aussi le mot dimyon, qui veut dire « démon », et qui semble très proche du grec daimon (δαίμων). Est-ce un hasard? Peut-être que ce sont les Hébreux qui ont emprunté le mot daimonaux Grecs, le transformant en dimyon? Ou bien est-ce l'inverse? Je ne sais. Mais il est avéré que daimona été employé par Homère pour signifier "puissance divine". Ce n'est que très tardivement, à l'époque chrétienne, que ce mot servit pour désigner des puissances maléfiques, démoniaques.

Le mot daimonvient du verbe daiomai, "partager, diviser". Son sens initial, tiré de ce verbe, est "puissance qui attribue", d'où "divinité, destin".

Selon Chantraine, on peut utilement comparer le même glissement de sens avec le vieux perse baga et le sanskrit bogu, "dieu", qui donnent en avestique baga-, "part, destin" et en sanskrit, bhaga, "part, destin, maître".

Muni de toutes ces résonances, on pourrait tenter de traduire autrement le verset 1,26 de la Genèse, avecle goût des dérives, du mystère et des origines.

Voici trois improbables traductions :

1. "Créons l'homme idole et démon".

2. « Faisons l’homme dans notre ombre, selon notre sang. »

Ou bien encore:

3. Faisons l'homme de notre nuit, de nos larmes.  

 Quelle serait alors cette ombre, ou cette nuit ? Quel serait ce sang? Ces larmes ?

 


samedi 13 janvier 2018

Psychanalyse du Ta'wil (تأويل)


Ta'wil : تأويل

Le mot Ta'wil  signifie « interprétation », et s'emploie notamment à propos de la lecture du Coran, quant à son sens intérieur, allégorique, mystique.

Ce mot a d'autres sens, que je rappelle ici parce qu'ils aident à se représenter comment la langue arabe comprend l'idée d' « interprétation ».

 Ta'wil  signifie aussi: vision, spectre, fantôme ; interprétation des songes, des visions.

La racine de ta'wil est أول , ce qui signifie « commencement » et qui vient de la racine verbale أآل dont le sens, dans sa forme I, est « arriver, parvenir à un lieu ; revenir ; être chef, commander ; abandonner quelqu'un ». Dans la forme II du verbe, le sens est : « ramener, faire revenir quelqu'un à quelque chose ; expliquer, interpréter ; établir, instituer ; définir, déterminer ; expliquer ».

Livrons-nous à une psychanalyse impromptue du mot ta'wil et de sa racine première.

Il s'agit fondamentalement, le dictionnaire le montre, de « revenir » au « commencement ». Le ta'wil est tourné vers l'origine. La pensée de l'interprétation est fascinée par un lieu originaire, où peut « s'établir », « s'instituer » un « commandement ».

Avant de tenter le ta'wil des sourates coraniques, par exemple de celles qui demandent de mettre à mort les Chrétiens et les Juifs, il faudrait procéder au ta'wil du ta'wil lui-même.

Peut-être que le ta'wil fonctionnerait plus librement, s'il se dégageait du « commencement » et de « l'origine », s'il prenait en compte l'Histoire, la diversité des croyances, les ressources de la sagesse. S’il se tournait aussi davantage vers l’avenir, vers l’encore imprensé.

Un des anciens sens de la racine verbale du ta'wil est « abandonner ». Peut-être faut-il savoir abandonner les clichés, les cécités, les répétitions, les mécanismes de pensée.

Peut-être faut-il libérer le ta'wil des chefs qui prétendent imposer la vérité en religion.

Peut-être faut-il, en un mot, que la pensée critique prenne enfin son envol dans le monde ossifié, rabâcheur, sec, mort, des idées toutes faites.


samedi 25 juillet 2015

Détruire

En consultant un lexique de l’hébreu biblique, tiré du fameux dictionnaire de Gesenius, j’ai pu constater que parmi tous les mots qu'il comportait, c'est le mot « détruire » qui rassemblait, et de loin, le plus grand nombre d’équivalents et de synonymes en hébreu. J'ai compté qu'il y a en hébreu plus de 50 mots pour exprimer l’idée de destruction.

On peut les regrouper en cinq catégories.

D’abord les mots qui relèvent d’actions de combat, et expriment directement une forme ou une autre de violence : Renverser, déchirer, ruiner, saccager, frapper, brûler, couper, battre, assiéger, entourer, briser, anéantir, jeter, détruire, dresser des embuscades.

Les mots qui relèvent du vol :Voler, enlever, ravir, piller.

Les mots qui sont des métaphores de la destruction :Finir, achever, avaler, tomber, errer, ôter, partir, casser, fendre, arracher, éradiquer, cueillir, déraciner, cesser, pervertir, creuser, disparaître, rompre, gâter, répandre la peste.

Les mots qui sont des métonymies de la destruction : douleur, désert, étonnement, épouvante, trouble, sécheresse, dépeuplement, tumulte, sang, feu.

Les mots qui relèvent de la religion : profaner, circoncire, chômer (sabbat), consacrer, être en faute, être mal, faire le mal, Baâl.

Et il y a aussi deux filiations qui sortent de l’ordinaire :Le verbe דָּבַר dire, parler, annoncer donne aussi par extension (et cela de par la puissance destructrice de la parole) détruire, exterminer(2Chr. 22,10 : « Elle extermina toute la race royale » ; Ps. 2,5 : « Dans sa colère il exterminera leurs puissants »). La même racine donne également דֶּבֶרpeste, pestilence.

Et il y a aussi le verbe הָוָה, vivre, exister, être. Il donne le mot הַוָה désir, passion, dont le pluriel הַוּוֹת signifie ruine, malheur, calamité. Puissance destructrice de la passion.

vendredi 16 mai 2014

Vents et poussières

Il y a cette expression de William James qui me trotte par la tête: "poussières mentales". James l'emploie dans un contexte particulier que tous ses lecteurs connaissent, et que je ne reprendrai donc pas. Je me contenterai ici de simplement dériver librement à partir de ces deux mots accolés. D'abord, ils semblent fort opposés. La poussière, image du rien, du dérisoire, du néant ou de la mort, et le mental, sommet de la création, lieu d'émergence, de vie et de transformation. Ensuite, la poussière est infime, l'esprit se veut vaste. La poussière est, comme l'atome, quelque chose d'insécable. Comme l'homme (homo), la poussière vient de la terre (humus) et, à ce titre, est essentiellement humble (humilis).

Quand l'homme biblique, au désespoir, se couvre la tête de poussière, il nous rappelle notre destin nécessaire. Il associe métonymiquement, par le biais du cheveu, la poussière extérieure et le mental interne.

Mais il est une autre dimension encore. Les idées sont peut-être au fond, non pas des formes, comme aimait à le penser Platon, ni des mouvements, mais des tourbillons, des nuages de poussières nano-scopiques. Chaque neurone est un petit soleil empoussiéré, que parfois les vents de l'esprit balayent.

vendredi 6 décembre 2013

Une manière inouïe en Occidentخَيْر

En arabe, le mot خَيْر , (Khaïr), bien, bon, a la même racine que le mot خِيار  (Khiyara), choix, liberté. Cette même racine forme aussi le verbe خَارَ   (Khara) qui veut dire : obtenir quelque chose de bon, mais aussi : préférer, donner la préférence à l’un sur l’autre, choisir quelque chose.

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samedi 16 novembre 2013

Le souffle à l'origine du monde

元气 (en chinois, yuánqì) : 元 origine + 气 souffle : le souffle originel à l'origine du monde.

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vendredi 15 novembre 2013

Shēn 申 Dire

La langue chinoise offre d'innombrables rêveries sur la manière dont les concepts s'agglutinent ou se dissocient, coopèrent entre eux ou bien se divisent, s'éloignent les uns des autres. Cela vient de ce que chaque caractère peut se combiner de multiples façons avec d'autres caractères aussi éloignés que possible. Ainsi Shēn 申 "dire, rapporter", dans le simple exemple suivant.

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jeudi 14 novembre 2013

VERT 青 أخضر зелёный

En latin, VIRIDIS, vert, vient de VIREO, être vert, être vigoureux, lequel vient lui-même de VIR, l’homme. La virilité et la verdeur ont donc même racine. Henri IV, le « vert galant » a incarné cette métaphore. VIRGA, branche souple, verge, et VIRGO, vierge (qui n’a pas connu l’homme) en sont également issus, ainsi que VIRUS, suc, sperme, venin, poison.

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यु YU et סוּר SOUR

En sanskrit, la racine यु YU- renvoie à deux espaces sémantiques absolument opposés.  D’un côté, YU- (1) signifie “séparer, éloigner, exclure, protéger de, repousser”. De l’autre, YU- (2) signifie au contraire “ unir, attacher, joindre, lier, attirer, prendre possession de, tenir, adorer, honorer”. Comment expliquer une telle ambivalence, pour une même racine, indépendamment de tout affixes correcteurs?

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mercredi 13 novembre 2013

Ennemi

मित्र  Mitr´a [mith-ra] : "ami ; allié".

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Rêves

En hébreu, il y a deux mots pour le « rêve », connotés de façon très différente, l’un par la force et la vigueur ( חֲלוֹם, halôm), et l’autre par la lassitude et la vieillesse (שֵׁנָה , shenâh).

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Anima

Il y a des mots humbles, et d’autres pleins d’eux-mêmes. Ils disent la houe, le soc ou la peine, l’ombre, l’os ou le roc, le sang, le soleil ou la vie. Selon les langues, leur histoire est longue ou éphémère.

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Hasard الزهر

Le mot hasard vient de l’arabe الزهر    , al zahr, par l’intermédiaire de l’espagnol.

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Maghreb مغرب

L’un des mots de la langue arabe que je préfère est le verbe  غرب, qui forme le radical du mot Maghreb, مغرب .

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Fado

Le mot fado vient du latin fatum. S’y joue l’art subtil du destin, son hasardeuse errance ou sa force concentrée, entre autres.

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L’ombre et le sang

Quand Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gen. 1.26), à quoi ces mots se réfèrent-t-ils exactement ? Qu’est-ce que cette « image » ? De quelle « ressemblance » s’agit-il ?

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Figures de l’ennemi

La manière dont un peuple se représente l’ « ennemi » est très révélatrice de l’inconscient collectif. Et la langue, parfois, excelle à saisir cet inconscient, tel qu’il se stratifie au long des âges.

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La pensée est-elle première ou seconde ?

Aristote emploie le mot « dominer » (κρατέω , kratéo) comme une métaphore de « connaître ».

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