METAXU - Le blog de Philippe Quéau

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Philosophie politique

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mardi 16 septembre 2014

Béances brûlantes

Dans le dernier chant du Purgatoire, Béatrice s'adresse ainsi à Dante:

"De peur et de vergogne je veux désormais que tu te libères; ne parle plus comme un homme qui rêve."

Suivent alors des vers qui composent un "récit obscur" et une "énigme difficile", selon les termes mêmes de Béatrice. Ce n'est pas mon intention d'en faire le commentaire. Mais pour donner une idée du certain degré de sophistication qui y est déployé, Béatrice parle par exemple d'un "cinq cent dix et cinq envoyé de Dieu". Qui est ce 515? Transcrit en chiffres romains cela donne DXV, ce qui équivaut par permutation à DVX, et donc à DUX, soit le "chef", et sans doute une allusion à Henri VII du Saint Empire, révélant ainsi de façon cryptique le soutien de Dante à la cause des Gibelins, alors qu'il était censé soutenir les Guelfes et le pape contre les Hohenstauffen et l'Empire.

Mais revenons à l'idée de départ. L'homme qui rêve est-il vraiment prisonnier de la peur, comme l'implique Béatrice? Que veut-elle dire? Quand on a peur, on doit sans doute se résigner à rêver plutôt qu'à agir. Mais il s'agit d'autre chose. Il faut considérer le grand saut vers l'avenir. Le chant immédiatement suivant est le chant I du Paradis, dans lequel Dante utilise pour la première fois un néologisme: "trasumanar", soit "trans-humaniser", ou "outrepasser l'humain".

"Dans sa contemplation, je me fis en moi-même

pareil à Glaucos quand il goûta de l'herbe

qui le fit dans la mer parent des dieux.

Outrepasser l'humain ne se peut signifier

par des mots; que l'exemple suffise

à ceux à qui la grâce réserve l'expérience."

Si les mots ne suffisent pas, alors qu'est-ce qui est nécessaire? Se libérer de la peur. Ne plus rêver, et agir. Dans notre société fortement déliquescente, je gage que l'ancienne leçon dantesque vaut toujours. Inutile de répéter ce que tout le monde constate en suivant les péripéties pathétiques des pouvoirs successifs. Les Guelfes et les Gibelins cela avait une autre allure que l'UMP et le PS. Au moins il y avait dans les deux camps une vision forte, une idée générale. A la différence de l'Italie des XIIIème et XiVème siècles, la France d'aujourd'hui n'a pas de projet, pas de souffle, pas de vision. On l'amuse (mal) avec les faux nez d'une fuite en avant vers des chimères refroidies, intenables. Partout les égoïsmes de classe, les corruptions, les connivences, les petits jeux entre initiés. Le délitement du "bien commun" s'accélère. Alors qu'il s'agit de fonder une autre civilisation, on s'efforce de colmater ici et là les fissures de l'ancienne, qui ne cessent de béer toujours davantage.

Prenez Mare nostrum. Jadis rêve impérial. Puis terme tabou, après les croisades et les colonisations. Et maintenant, à nouveau en vogue (si je puis dire), avec ce programme de surveillance des esquifs venant du Maghreb et du Machreq. Pendant que la guerre fait rage, pendant que les puissants réarrangent leurs alliances du jour en fonction des sinistres passions qu'ils s'efforcent de mobiliser, les victimes coulent englouties. Aucun discours cohérent n'est porté, tant la pensée politique est fumeuse, menteuse, hypocrite, manipulatoire.

Jusques à quand cette béance brûlante entre ce qu'ils nous racontent et ce que l'on voit, et comprend par nous-mêmes?

Jusques à quand les ennemis de la justice et de la vérité auront-ils le dessus?

mardi 5 août 2014

Le système de la haine

De la mort en direct dans le silence politique et moral. Pas d'analyse. Les petits marquis se taisent. Quelques remontrances ici et là, non suivies d'effet. De la lâcheté dans les opinions et les pensées. Une hypocrisie générale. Pas de solutions exprimées, même s'il paraît désormais évident qu'il y en a une, évidente, secrète, indicible, programmée, progressive et terminale. Aucune voix. Aucune voie. Aucune vérité. Seulement la mort.

La haine a été installée pour longtemps dans l'esprit de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants. C'est une haine systémique, qui recouvre les générations. Tout est désormais possible, rien n'est à exclure. Quand on atteint ce niveau de violence, de mépris, de négation de toutes valeurs communes, d'arrogance impénétrable, de misère humaine, de désespoir innommable, tout est bien sûr possible. Il faut s'attendre à tout. Et cela viendra, un jour.

Mais surtout, cette haine est systémique. Il s'agit là d'un plan, d'une démarche, froide, calculée, dirigée. Tout cela a un sens. Le chaos apparent a un sens pour quelques-uns. C'est un peu, pour prendre une analogie, comme pour l'assassinat de JFK. Un combattant systémique pour la paix dans le monde, méticuleusement assassiné par des bandes organisées en une "conspiration" pour la guerre systémique.

On est toujours dans les systèmes, sauf qu'ils sont de nos jours de plus en plus intégrés, densément totalitaires. Les années 60 ont montré quelques possibilités. Depuis, en un demi-siècle, on a fait des pas de géant vers une société mondiale quasi-fascisante. Mais on n'a encore rien vu. Le désastre est lent à venir. Mais les nuées se forment à l'horizon. La grande dépression (morale) va dépasser de loin l'économique, et la remplacer dans l'imaginaire. Ce qui se passe au Moyen Orient, n'en doutez pas, n'est qu'un prélude. Nous serons tous aspirés pas le trou noir moral. L'implosion mondiale est à venir.

mercredi 4 décembre 2013

Qu’est-ce que l’ « intérêt mondial » ?

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mardi 3 décembre 2013

La fin du temps du mépris

Au 19ème siècle, tout le monde méprisait tout le monde.

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jeudi 28 novembre 2013

Où est celui que tu es en train de tuer chaque jour ?

Quelques idées empruntées à un certain François.

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dimanche 24 novembre 2013

Pouvoir, corruption et "anges nouveaux"

Quelques associations d'idées sur le pouvoir, l'argent et la corruption.

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jeudi 21 novembre 2013

Les inclus, les exclus et la catastrophe qui s'annonce

L'opposition entre les "exclus" et les "inclus" fait partie du discours politique dominant. Il s'agit, pour ceux qui s'attaquent à ce problème, de réduire la fracture sociale, de venir en aide à ceux qui ont été laissés "au bord de la route", pour reprendre cette métaphore-écran de fumée, et de "favoriser l'inclusion sociale".

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mardi 19 novembre 2013

Le bien commun mondial et les sociétés de la connaissance

Au 15ème siècle, la boussole, l’astrolabe et le gouvernail d’étambot ont permis la
découverte du Nouveau Monde. Considéré comme terra nullius, il attira les
convoitises, et il fallut, moins de deux ans après, établir le traité international de
Tordesillas (7 juin 1494) pour assurer son partage entre les deux puissances
coloniales d’alors, l'Espagne et le Portugal. Ce traité traça une « ligne globale »,
incarnée par le méridien nord-sud passant 370 lieues (1770 km) à l'ouest des îles du
Cap-Vert.

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jeudi 14 novembre 2013

Penser stratégiquement les « transformations mondiales »

-La « grande transformation » : un projet politique et un impératif éthique.
-L’impact global des technologies convergentes.
-Les difficultés de la gouvernance mondiale.
-Une éthique des « transformations mondiales ».
-Veille systémique, réflexion transdisciplinaire et  implication des populations.
-Positions éminentes, biens communs mondiaux, et « contrat social mondial ».

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De l’éducation aux cultures numériques

Lyon, 21 Mai 2013
Éducation, Savoir, Culture, Numérique. Des mots chargés d’histoire.
Éducation vient du latin e-ducere « conduire hors de ». C’est l’équivalent latin du mot « exode » qui vient du grec. L’idée est sans doute qu’il faut tirer l’enfant « hors de » son état premier. L’apprenant doit sortir « hors de » son état antérieur, pour se mettre en mouvement, s’exiler de lui-même, non pour se déraciner, mais pour mieux se conquérir.

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Les Français et les songes

La France ne rêve plus.

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L’Occident, l’Orient et l’ « exil ».

Par Philippe Quéau1

En français, le mot « printemps » (du latin primus, premier, et tempus, temps) évoque, comme dans de nombreuses langues, le renouveau, l’efflorescence, le bourgeonnement de la vie. Mais en arabe, l’étymologie de رَبيع (rabi`, printemps) vient des contraintes du désert. Le verbe رَبَعَ , raba`a, a pour premier sens « se désaltérer, venir à l’eau le quatrième jour » et s’appliquait aux chameaux qui, après avoir marché quatre jours et trois nuits sans boire, avaient enfin accès à l’eau.

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mercredi 13 novembre 2013

Terra nullius et terra communis

L’étoile polaire et le pôle magnétique, points fixes, ont guidé les caravelles des découvreurs de terres « libres ».  Mais les pôles de la géographie ne suffisaient pas. Il fallait d’autres méthodes plus politiques.

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Crise

Lors de l’année 1812, les Etats-Unis déclarèrent la guerre au Royaume-Uni et Napoléon lança la campagne de Russie. Mais son rêve d’un empire de la terre fut vite refroidi par l’hiver russe.  Quant aux Britanniques, ils furent vaincus par leur ancienne colonie et perdirent le monopole de la mer. Dans les deux cas, une même tendance : l’Europe commençait à trouver ses limites géostratégiques.

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