知 者 不 言 L’homme qui sait ne parle pas.

言 者 不 知 L’homme qui parle ne sait pas.

Cet extrait du Daodejing II. 56, l’œuvre fameuse de Lao-tseu, me paraît prendre le contre-pied exact de l’idéologie immanente des soi-disant « sociétés de la connaissance », lesquelles mélangent allègrement le « savoir » et la « communication », les idées et les mots, les sens et les signes, les contenus et les contenants. Elles manquent à l’évidence de tao! La sagesse de Lao-tseu semble indiquer une dichotomie résolue entre le savoir et la parole. Cette impression se renforce quand on lit le chapitre 81 du Daodejing.

信 言 不 美 Les paroles vraies ne sont pas agréables.

美 言 不 信 Les paroles agréables ne sont pas vraies.

La dichotomie s’est déplacée. Elle tranche ici entre la vérité et la beauté, comme si elles étaient incompatibles. On est loin du kaloskagathos de nos maîtres grecs ! Notons de plus, qu’en Occident, la Parole (le « Logos »), se voit donner une place originaire, et même divine ( »Au commencement était le Verbe »). Y aurait-il là un conflit irréductible de Weltanshaaung? Je ne crois pas. Il y a moyen de réconcilier les deux mondes. Il suffit de voir que la « beauté », en chinois: 美, est somme toute fort relative. Après tout ce caractère, qu’évoque-t-il, étymologiquement? Littéralement: un grand (大) mouton (羊). C’est une sorte de beauté fort matérielle, très terrestre et même rurale, ancrée dans la glèbe, on en conviendra. En revanche, toujours en chinois, la parole (言) a une affinité avec les dieux (神). On en voudra pour preuve « radicale », si j’ose dire, que 神, qui est le caractère pour « dieu », se décompose en deux radicaux: (礻 + 申) , c’est-à-dire: montrer, manifester (礻) et dire, déclarer (申).