Vingt-quatrième jour

M'efforçant d'être un étudiant assidu, et désirant acquérir un peu de vocabulaire, je me suis plongé dans la Kabbale Denudata. Liber Sohar restitutus, dont l'auteur est Joannis Davidis Zunneri, qui l'a publié à Francfort en 1684. Ce livre fort savant fournit entre autre un glossaire de termes techniques permettant de mieux se repérer dans les arcanes de la Kabbale.

Un mot a retenu mon attention : כליות (khiliot) que Zunneri traduit (en latin) par renes (testiculis). Le mot renes, les « reins » avaient en effet comme autre sens « testicules », suivant les contextes. Zunneri cite d'ailleurs en appui de sa définition Job 38,36 : « Quis posuis in renibus (testiculis) sapientiam » (« Qui a mis la sagesse dans les reins (testicules)? »). Vérification faite, Zunneri s'est légèrement trompé. Le mot כליות (khiliot) ne figure pas dans ce verset. On y trouve en fait à sa place le mot טּחוֺת (tuhôt) qui a une signification assez proche quoique différente : « Fond de l'être, ce qui est enduit, ce qui est couvert, ce qui est caché, lombes, reins ».

On trouve de nombreuses occurrences de khiliot et de tuhôt dans la Bible, et dans presque tous les cas ces deux mots ont une signification proche.

Par exemple, pour khiliot, on trouve : « Mes khiliot seront transportés d'aise » (Ps. 23,16), « Tu es près de leur bouche et loin de leurs khiliot » (Jer 12,2), « Sondant les khiliot et les cœurs » (Jer 11,20), « Toi qui sondes cœurs et khiliot » (Ps 7,10). Quant à tuhôt on le trouve par exemple dans : « Mais tu aimes la vérité au fond de l'être (tuhôt), dans le secret tu enseignes la sagesse. » (Ps. 51,8).

Cette petite correction effectuée, revenons à Zunneri. Il continue son explication du mot khiliot ainsi : «Sunt Nezah et Hod ». Je me précipite dans le dictionnaire Gésénius-Robinson, et je trouve les sens suivants : Nezah du verbe « jaillir, éclabousser », et Hod « ce qui est obscur ».

Donc les khiliot sont quelque chose d'obscur qui finit par jaillir et par éclabousser. Je sens que l'on progresse.

Zennuri continue ainsi : « Ubi indicatur quod הי i.e Binah et Chochmah influxum derivet in renes. » Soit : « Où il est indiqué que l'Intelligence (Binah) et la Sagesse (Hokhmah) font dériver leur influx dans les reins. »

Dans le billet du 15ème jour, j'avais déjà noté que le Yod י était un symbole du masculin et que le Hé ה un symbole du féminin.

Sans vouloir forcer le trait, il me semble qu'il y a là une allusion à l'union intime de l'Intelligence et de la Sagesse dans les khiliot. Le sens de « testicules » prend alors toute sa saveur, sa sève même.

En conclusion, je voudrais reprendre la question que je posais au 23ème jour. Nous sommes désormais mieux armés pour y répondre. Et la réponse est, peut-être : « Dans quelque khiliot mystique ».