La médiocrité du personnel politique dans un pays comme la France peut s'expliquer de trois façons.

Premièrement, les vraies élites, les personnes qui ont une capacité de réflexion avancée sur les défis qui s'ouvrent devant des sociétés en profonde restructuration, sont dans l'invention, la recherche, l'écriture ou l'action sur le terrain, mais pas dans la politique, monde du mensonge, de la corruption, et de la violence, symbolique – et armée.

Deuxièmement, la vie politique donne un si triste spectacle, qu'elle fait fuir les gens de bien, les honnêtes gens et les personnes éprises de vérité. Elle attire au contraire leurs antonymes.

Troisièmement, et surtout : la politique est l'art de se faire élire, et donc de flatter l'électorat, de l'endormir ou de le rassurer. Or nous sommes confrontés à la nécessité d'un profond changement de paradigme, sur les plans économique, social, environnemental et sans doute aussi philosophique et spirituel. Les gens que nous élisons ont été en position d'être élus, précisément parce qu'ils ont manœuvré savamment, pendant de longues années, en évitant de prendre les électeurs à rebrousse-poil, en réalisant des « synthèses », en surfant sur les possibles oppositions, et en détournant l'attention vers des sujets mineurs ou secondaires, mais qui attisent les passions.

Les extrémistes, de gauche comme de droite, ne cherchent pas la synthèse, mais exploitent en revanche les divisions. Semons le vent, récoltons la tempête, se disent-ils.

Y a-t-il une troisième voie entre la mollesse synthétique et sans épine dorsale, et la violence séparatiste, discriminatoire, haineuse ?

Je pense que oui. Mais cette troisième voie n'est certes pas centriste, tiédasse. Elle n'a de chance d'exister que dans l'invention radicale. Un monde se meurt sous nos yeux. L'agonie peut durer dix, vingt ou trente ans, je ne sais. C'est d'espoir dont nous avons besoin. Nous avons devant nous l'urgence de bâtir une cité mondiale.

Contre nous : les nations arrogantes, les maffias pénétrantes, les capitaux évanouis, les lâchetés internationales, les myopies populaires, les trahisons des clercs, les infamies médiatiques, les ulcérations religieuses, les faillites philosophiques.

Pour nous : toutes les forces de bonne volonté qui n'ont pas encore donné.

Quelque chose me dit que la partie s'annonce serrée.