L'idée générale de l'orphisme est que l'âme, souillée depuis l'origine, doit subir un cycle de réincarnations dont seule l’initiation aux mystères d'Orphée peut la faire sortir. Alors elle est admise à rejoindre les Dieux.

L'orphisme n'a jamais été une religion socialement organisée, majoritairement reconnue. Au contraire, il contestait l'ordre établi, refusait les valeurs des Cités grecques et leurs cultes. On devenait orphique par choix personnel, après initiation.

Le mythe principal de l'orphisme est la mise à mort de Dionysos par les Titans, qui le découpent en morceaux, puis le dévorent. Furieux, Zeus foudroie ces derniers, et de leurs cendres naissent par la suite les humains.

Les hommes ont donc une double ascendance. Par la cendre, ils descendent des Titans, mais ils ont aussi une ascendance divine, par la chair de Dionysos que les Titans ont dévoré, et qui doit de ce fait composer une partie des cendres dont les humains sont issus.

Je suis frappé par l'analogie, sinon évidente du moins sous-jacente, entre la communion chrétienne et la dévoration du corps de Dionysos.

Le Christ a été mis à mort comme Dionysos, et ses fidèles partagent depuis deux mille ans, en mémoire de lui, sa chair et son sang, lors du rite de la « communion ».

Ce n'est qu'une analogie. Mais le seul fait qu'une analogie soit possible est en soi troublant. Il laisse entendre l'existence de structures profondes, par delà les époques et les cultures.

Plus techniquement, les hymnes orphiques consacrés à Dionysos, témoignent d'autres analogies. L'hymne nommé « Parfum de Dionysos (Le Styrax) » dit ceci :

« J’invoque le rugissant Dionysos, premier-né, aux deux sexes, trois fois revenu, le roi Bakkhos, farouche, ineffable, caché, aux deux cornes, aux deux formes, couronné de lierre, ayant la face du taureau, guerrier, prophétique, vénérable, qui mange de la chair crue, triennal, qui porte des raisins, ayant un vêtement de feuillage, plein de sagesse, conseiller de Zeus et de Perséphonéiè, Daimôn immortel né sur d’ineffables lits. Entends ma voix, ô Bienheureux, et sois-nous favorable, et sois bienveillant pour tes belles nourrices. »

Dans cette suite de qualifiants improbables, plusieurs peuvent s'appliquer sans trop de peine à d'autres figures divines de la littérature mondiale : « premier-né », « trois fois revenu », « ineffable », « caché », « prophétique », « plein de sagesse », « conseiller de Zeus », « Daimôn immortel né sur d’ineffables lits ».

Pur hasard ? Constante anthropologique ? J'opte pour une troisième voie : la contagion, la dissémination, la condensation des idées et des intuitions.