A Saïgon, j'ai dormi dans la chambre de l'hôtel Continental où logea Rabindranath Tagore, lors de son séjour pendant la 2ème Guerre mondiale. C'est une petite suite qui a vue sur la ville. Dans la cour fleurissent trois frangipaniers, centenaires. La direction de l'hôtel, fière du passé, précise le numéro des chambres qu'occupèrent quelques célébrités dans un encadré accroché dans le hall.

J'ai humé les odeurs, regardé les murs, cherché des signes et ouvert le Gitanjali.

« Je suis un lambeau de nuage, qui erre inutile dans le ciel d'automne. Ô soleil, en gloire, éternel, ma brume ne s'est pas dissipée sous ta caresse. Je ne me suis pas uni à ta lumière.

Je vis, et je compte les mois et les années où je suis séparé de toi. Si tel est ton désir, ton jeu, saisis-toi de ma forme fugace, colore-moi, que ton or me dore, et me mêle au souffle lascif, épands-moi, et me change en miracles. Puis, si tel est ton désir encore, cesse de jouer avec moi, et je fondrai, je disparaîtrai dans l'ombre, ou peut-être dans un sourire, dans le matin blanc, dans la chaleur pure, dans la transparence. »

Tagore, tes mots t'appartiennent.

Je dirais, permets-moi cette liberté, quelques mots de paraphrase :

Je suis un zig d'éclair, un zag posé, braisant la nuit. Lune, quasar, trous noirs, je vous aspire depuis la terre. J'ai vu l'unique. J'ai vu ta lumière. Le sang bat. Le cœur compte les pas. Il joue dans les formes. Il les redessine. Coule ta couleur, grand Dieu ! Joue avec moi, joue toujours. L'ombre et l'oubli portent ton sourire au loin. Ta chaleur me rend proche et visible.