Les Grecs, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Arabes ont un point commun : l'alphabet.

Le sanskrit, si ancien, possède un syllabaire.

Les Chinois n'ont ni alphabet ni syllabaire. Leur système d'écriture n'a rien à voir avec celui des Indo-européens et des Sémites.

On hasarde l'hypothèse assez tentante que les peuples à alphabet partagent des éléments de vision du monde, de Weltanschauung. D'Hammourabi à Gutenberg, la distance est moins grande que de Platon à Lao tseu.

La Bible aurait-elle été différente si elle avait été conçue et écrite en chinois ?

D'autres systèmes d'écriture sont-ils pensables ?

Chaque caractère chinois est chargé de sens, canon paisible de traditions, de formes.

Pour qui tient le pinceau, tout idéogramme est un paysage ouvert, un champ d'audaces, de finesse, de violence exprimable, d'évanoui, de fugace.

Le poids des millénaires inchangés, barrés de mandarins.

Les océans meubles, solitaires, du calligraphe, éclaboussant d'encre son âme.