Philon, dans un passage ramasséi, décrit la marche du ‘sage’ qui veut connaître le secret de l’univers, l’origine de toutes choses, leur fin ultime, – le Souverain Mystère.

Révélons d’emblée que jamais ce secret, cette connaissance, ce savoir, ne peuvent être atteints.

Comprendre ceci est la première étape sur la route du marcheur sage. Il faut savoir que l’objet de la recherche est trop transcendant, trop élusif, trop inimaginable pour se trouver jamais à portée d’être saisi. Et malgré tout continuer.

Reprenant son souffle, posant un regard sur le chemin parcouru, le marcheur sait assurément qu’il ne sait presque rien. Au moins il sait ce peu là, – ce qui n’est pas rien, tout de même, mais en effet n’est vraiment pas grand-chose, et même on peut se dire que c’est presque absolument rien.

Mais il sait aussi qu’il lui faut reprendre la route, sans tarder.

Embrassant du regard ce qui semble encore un long chemin avant la prochaine halte, il croit pouvoir déchiffrer au loin des signes épars. Des traces. Des fragments.

Tendant l’oreille, il perçoit de confuses clameurs, de rares échos, des soupirs muets, des mots indistincts, des voix si ténues qu’elles sont quasiment inaudibles.

Levant les yeux, il distingue avec peine, très haut dans la nébuleuse, une sorte de souvenance scintillante, un fond de faibles lueurs, à l’origine immensément lointaine, bien au-delà des voies oubliées, et des nuits perdues.

Le marcheur repart. Il n’a plus de temps à perdre. Cette halte a trop duré.

Il marche à pas lents, les yeux ouverts, la mémoire à vif. Il croise de temps en temps des indices minces, vite dépassés.

Paisible, il se représente, solitaire, la Géométrie de sa marche illimitée, illogique. Plus il avance, moins il arrive.

Mais il marche, en un sens, cependant. En ce sens il ne recule.

Vers l’avant, au loin, l’horizon s’estompe.

Le marcheur ne voit bien que sa marche lente. Ne sachant rien de plus, il voit que le proche se sépare sans cesse de lui dans son approche, et se met lentement au loin, dans un angle mort.

Seul le lointain infiniment séparé, absolument séparé, inapprochable, absolument inapprochable, ne le quitte pas dans sa lente approche.

Le marcheur dans sa marche a sa joie, sa soif : des traces infimes, de célestes analectes, des pollens au vent, des échos inchoatifs, des sons irisés, des lueurs allusives, des nitescences dénichées,…

Mais rien de tout cela ne lui est assez.

Marcher encore, cela seul, en un sens, lui suffit.

iPhilon. De Post. 18